

Narcotrafic. « Les individus tirent pour tuer », 3 morts par balle en un mois, la violence est montée d’un cran
Jérôme Soulard
En un mois, trois jeunes âgés de 15, 20 et 22 ans ont été froidement abattus. Dans certains quartiers populaires, les règlements de comptes liés au narcotrafic sont de plus en plus violents.
Elidjah, 15 ans, touché en plein cœur, Serge, 22 ans, 1 balle dans la tête, un jeune homme de 20 ans froidement exécuté, en un mois le narcotrafic a fait trois morts dans les quartiers nantais, à Bottière, Port-Boyer et la Halvêque.
Sur fond de guerre de territoires, les trafiquants désormais ne se contentent plus de « rafaler » pour menacer ou intimider. Désormais ils exécutent, quitte à tuer des innocentes et faire des victimes collatérales.
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Thierry Audouin du syndicat alternatif police CFDT est secrétaire départemental pour la Loire-Atlantique. Il parle lui d’un « enchaînement de faits criminels qui sont des faits très lourds ».
« Cela demande beaucoup d’actes d’enquête et nécessite des effectifs, les effectifs qu’on n’a pas. Donc c’est pour ça que le renforcement de six personnes de l’antenne de l’OFAST à Nantes est quelque chose de bienvenu. Mais il faut aussi penser en termes de compensation et mettre au même niveau la crim’ [ndlr : la brigade criminelle] qui, elle, par contre, est en grande difficulté. »
Selon le syndicaliste CFDT, Nantes aurait perdu 110 effectifs de police nationale en moins de deux ans. Il dit avoir senti monter la tension ces derniers temps.
« Vous avez des personnes qui veulent récupérer des points de deal, avec des moyens pour leur mettre la pression, notamment des tirs. En face, vous avez une résistance, parce que la personne sait que si elle abandonne, c’est fini, et l’autre va en profiter. Et vu qu’il n’y a pas de partage, c’est soit l’un, soit l’autre qui va avoir, au final, le point de deal ».
« Vous avez un face-à-face frontal, avec, justement, des moyens qui vont jusqu’à assassiner la concurrence »
Le trafic s’est longtemps concentré sur les grands ensembles comme Malakoff, les Dervallières ou Bellevue. Aujourd’hui il se déplace vers de plus petites cités. D’autant que les démantèlements comme la fermeture de l’emblématique 38 rue Watteau (un des points de deal les plus lucratifs de Nantes) ont des répercussions.
« Ça a forcément des effets. Il faut bien comprendre que quand vous fermez un point de deal, vous avez toujours une demande. À partir du moment où la demande, elle est toujours présente, elle va se répercuter sur les autres points de deal, et en fait, tant qu’il y a la demande, il y aura toujours des points de deal », appuie Thierry Audouin.
Il confirme que le mode opératoire a changé.
« Avant, ils tiraient dans la jambe pour marquer les esprits, et se faire comprendre, pour avertir celui qui ne respecte pas les règles. Maintenant, on supprime la concurrence, et là, on n’hésite plus à tuer »
Et il n’exclut pas les contrats avec des tueurs à gages.
« Ce sont principalement des locaux, mais il n’est pas impossible qu’on puisse avoir des personnes qui viennent d’autres villes, et qui sont mandatées pour ce genre de mission »
« Ça dépasse la région, en fait. Il faut savoir que vous avez plusieurs grands groupes nationaux, on connaît les plus grands, notamment celui de Marseille, et puis aussi celui de Paris, et derrière, chacun veut étendre son assise, et forcément récupérer l’argent qui va avec, et ça augmente la pression partout en France, et y compris des villes comme Nantes », note le syndicaliste.
Les commanditaires de ses assassinats n’ont pas grand-chose à débourser.
« Les montants qui ont pu être évoqués par le passé sont vraiment surprenants. On a parlé des fois de 10 000 euros, 20 000 euros, voire un peu plus, ce qui est quand même ridicule. On parle d’assassinat, ce qui veut dire qu’on encourt la perpétuité »
« Mais il faut prendre conscience que certaines personnes ne sont pas dans la projection. En plus, certains sont mineurs. À l’instant T, ils voient cet argent comme une énorme somme ».
Pour Thierry Audouin, le risque de « mexicanisation » est réel.
« Ils ne vont pas hésiter à tuer des gens dans la rue, quelle que soit l’heure de la journée, sans se soucier de savoir s’il y a du monde aux alentours ou pas, y compris des enfants. Il y a aussi le fait d’enlever, torturer, faire passer des messages et, en fait, faire fi des institutions. Ils font complètement abstraction de tout ce qui peut y avoir autour. »
La logique est aujourd’hui la même qu’à Marseille. « En ce moment, vous avez des personnes d’autres grandes villes, notamment à Marseille, qui peuvent insuffler la direction à prendre, voire, des fois, faire participer certains de leurs éléments quand ils veulent récupérer des quartiers. Donc, c’est la même logique. Ils iront de la même façon, avec les mêmes moyens, pour obtenir les mêmes résultats », confirme Thierry Audouin.
Récemment à Rennes, Issam Lahrach, chef du plus gros réseau de trafic de drogue nantais, a été jugé en son absence. Il est en fuite au Maroc et continue à échapper à la justice.
« Tous ceux qui sont à la tête de ces réseaux-là, y compris pour Nantes, ce sont des gens qui, au-dessus, ne vivent plus en France. Ils vivent dans un pays en dehors de l’Europe. On le sait, mais le problème, c’est qu’après, la coopération entre les pays est compliquée », souligne Thierry Audouin.